Les demandeurs d’asile disposent d’un droit à l’aide matérielle, assuré par l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (FEDASIL). Celle-ci comprend notamment l’accès aux besoins essentiels tels que l’hébergement, la nourriture, les vêtements et l’accompagnement médical, social et psychologique. À partir de l’automne 2021, FEDASIL a cessé d’héberger systématiquement les hommes seuls, invoquant la saturation du réseau d’accueil.
Plusieurs décisions de justice ont ainsi enjoint à l’État de respecter ses obligations d’accueil. Ces condamnations ont été assorties d’astreintes.
L’astreinte est une mesure judiciaire qui prend la forme de sanction financière destinée à contraindre une partie à exécuter une obligation fixée par une décision de justice. Elle fonctionne de manière progressive, le juge fixant un montant dû par jour, semaine ou infraction de retard, qui augmente tant que l’obligation n’est pas exécutée. Elle ne constitue pas une réparation d’un dommage mais un moyen de pression. En cas de persistance du refus d’exécuter, le juge peut procéder à la liquidation de l’astreinte due par l’État, en fixant définitivement le montant dû en fonction du retard accumulé, rendant ainsi la somme exigible et exécutoire.
L’État peut-il refuser de payer une astreinte ?
La Belgique est un État de droit dans lequel tout le monde, y compris les pouvoirs publics, est tenu de respecter les règles juridiques ainsi que les décisions de justice rendues en application de celles-ci. Si une juridiction condamne l’État pour non-respect des règles et lui impose le paiement d’une astreinte en cas d’inexécution, il est tenu de se conformer à la décision rendue. Les déclarations de la Ministre formulées dans le cadre de la politique de non-accueil méconnaissent l’autorité de la chose jugée, la force obligatoire des décisions judiciaires et les exigences de l’État de droit.
Est-il possible de contraindre l’État à payer une astreinte ?
Le recouvrement forcé des astreintes désigne les moyens juridiques permettant de contraindre l’État à en assurer le paiement. Les montants dus peuvent être prélevés directement sur les comptes de l’État ou faire l’objet d’une saisie de biens. En Belgique, la distinction entre les biens relevant du domaine public et ceux relevant du domaine privé de l’État joue un rôle déterminant. Les premiers, affectés à l’intérêt général ou à l’exercice d’un service public, bénéficient d’une protection particulière et sont insaisissables. À l’inverse, les biens du domaine privé de l’État, qui sont gérés de manière similaire à ceux d’un particulier, peuvent faire l’objet de mesures d’exécution forcée qui peuvent être saisis en vue du recouvrement des astreintes dues. Cela signifie que les biens privés de l’État peuvent être saisis en vue de payer les astreintes.
Il est donc possible de contraindre l’État au paiement des astreintes par la voie de paiement bancaire ou par la voie de saisie des biens du domaine privé de l’État. Ces biens permettent d’obtenir les montants nécessaires au paiement des sommes dues, assurant ainsi l’exécution effective de la décision de justice.
Qui sont les bénéficiaires des astreintes ?
Lorsque les montants de l’astreinte ont été fixés et liquidés, ceux-ci ne sont pas versés à l’État, mais aux personnes lésées et aux organisations, c’est-à-dire les parties qui ont obtenu la décision de justice.
Par un arrêt du 23 janvier 2024, la Cour d’appel de Bruxelles a autorisé plusieurs ONG à recouvrer l’ensemble des astreintes accumulées correspondant à 2,9 millions d’euros sur les comptes de FEDASIL en raison du non-respect répété de ses obligations d’accueil des demandeurs d’asile. Cette décision vise à assurer l’exécution effective des nombreuses condamnations prononcées contre FEDASIL. Les ONG telles que le CIRÉ, Vluchtelingenwerk Vlaanderen et plusieurs demandeurs d’asile qui ont intenté les actions en justice pourront percevoir ces sommes.
La saisie de biens est un mécanisme juridique permettant de garantir l’exécution d’une décision de justice. Dans un arrêt du 21 octobre 2025, la Cour d’appel de Bruxelles a condamné l’État belge pour ne pas avoir respecté son obligation d’assurer l’accueil des demandeurs d’asile. Cette condamnation était assortie d’astreintes. Ces montants n’ayant pas été payés, la Cour a autorisé les demandeurs d’asile et les ONG à procéder à une saisie sur les biens de l’État. À la suite de cette décision, des biens ont été bloqués sur les comptes de la Régie des Bâtiments, organisme fédéral chargé de la gestion du patrimoine immobilier de l’État, afin de recouvrer la somme due, soit environ 40 000 euros. À travers cette procédure, les demandeurs d’asile et les ONG pourront percevoir ces sommes.
Les montants d’astreintes que l’État doit payer, dans le cadre des propos de la ministre Anneleen Van Bossuyt, doivent donc revenir aux demandeurs d’asile et aux associations concernés par les jugements inexécutés et non à l’élaboration de nouvelles politiques publiques.
Droit de réponse
Anneleen Van Bossuyt a été informée de cet article et a exercé son droit de réponse, reproduit ci-dessous :
« L’argent des contribuables ne peut être dépensé qu’une seule fois. Chaque euro consacré aux versements individuels ne peut pas être utilisé pour l’accueil, le personnel, l’accélération des procédures, le retour ou des mesures visant à réduire l’afflux de migrants.
Quiconque prétend aujourd’hui que je dois payer doit dire clairement d’où cet argent doit provenir. Compte tenu du contexte budgétaire actuel, cela signifie concrètement : faire des économies ailleurs et fermer des places d’accueil. On peut facilement prévoir les conséquences : davantage de personnes sans accueil, davantage de condamnations et donc, à nouveau, davantage d’astreintes. C’est ce cercle vicieux que je veux briser. Mon choix est donc clair. Je préfère investir dans des solutions structurelles. Cette approche fonctionne. En 2024, sous Vivaldi, on comptait encore 1 600 condamnations assorties d’astreintes. En 2025, ce chiffre a baissé de plus de 54 %. Et les chiffres provisoires pour 2026 indiquent également une nouvelle baisse. De plus, environ 90 % du montant théoriquement dû remonte à la législature précédente. On me reproche donc aujourd’hui un héritage dont je ne suis pas responsable, alors que le nombre de condamnations diminue précisément fortement sous ce gouvernement. Je tiens également à clarifier certains points concernant les astreintes versées par la Régie des Bâtiments. Il s’agissait d’un mécanisme juridique spécifique consistant en une saisie-arrêt sur une somme que la Régie des Batiments, une administration qui ne relève pas de ma compétence, devait à l’État belge.
Il s’agit donc d’une astuce juridique mise en œuvre par les avocats, et en aucun cas d’un choix politique ni d’un moyen structurel d’obtenir des astreintes. Fedasil et mon cabinet n’ont versé aucune astreinte.
Je maintiens donc ma position. Je ne paye pas d’astreintes qui ne font qu’aggraver le problème. J’utilise l’argent des contribuables pour réduire le nombre de nouvelles demandes, augmenter le nombre de départs, lutter contre les abus et remettre de l’ordre dans le système d’asile. C’est la seule façon de parvenir, à terme, à un système sans aucune condamnation ni aucune astreinte. »
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